Comme un Air de Fête

Publié le par Amélie

Maman et moi nous baladons dans le jardin Bossuet et juste avant de sortir, je vois dans les fourrés, une personne recouverte d'un manteau bleu sangloter. Je ne m'inquiète pas pour elle et pense que le porte-vue bleu qu'elle a à côté d'elle est le mien; je dis à maman que c'est un voleur. On s'approche pour vérifier même si maman m'a montré que le mien était dans son sac. La personne me fait très peur; je lui dis "tant pis on y va". Mais ma mère continue de s'approcher. Là la femme au manteau bleu sale jette un bébé dans les bras de ma mère, tout en lui disant que son petit frère (qui court maintenant vers moi) et elle ont besoin de notre aide pour élever cet enfant.

 

On se met à courir très vite, paniquées. Quand soudain le petit monstre s'accroche à ma jambe, me suppliant de les aider. J'ai beaucoup de mal à m'en détacher puis le pousse dans le vide d'un coup de pied. Je l'entends hurler de douleur tout en tombant au fond du précipice, j'hésite un instant, regrettant mon geste, mais toujours prise de panique, je continue de courir au milieu d'une forêt de plus en plus sombre, remplie de broussailles et de ronces. 

Je rejoins ma mère partie devant, voyons qu'on ne nous suis plus, on se met à marcher et arrivons devant un escalier de pierres. Tout est humide, froid et sombre. L'architecture du mur et des colonnes est très ancien. On découvre sous des lianes une porte en bois massif et acier avec de nombreuses inscriptions entaillées dedans.

On pousse la porte et arrivons dans le bâtiment que nous appelerons plus tard "le transitoire". Cet endroit ressemble à une caverne, avec plusieurs petites cascades ruisselants le long des murs. On apprécie le glouglou de l'eau, paisible.

Nous apercevons une seconde porte à l'autre bout de la pièce. Une porte en pierre cette fois-ci, qui est cependant extrêmement légère. Nous apprendrons plus tard que cette porte ne s'ouvre que dans un sens. Une fois qu'on entre dans le Monde de l'autre côté, on ne peut en ressortir.

 

Nous entrons alors dans un Monde nouveau. Une ambiance festive y règne. Les habitants s'apprêtent à fêter Noël. Les décorations de Noël ornent chaque endroit de la place, les confiseries sont dans chaque main et tapissent le sol, les airs de Noël résonnent à tue tête, la neige tombe à flot... Ma mère et moi n'y croyons pas. Tout semble tellement magique. Nous nous apercevons aussi que tout ici est gratuit. Tout le monde semble si heureux, tout semble si parfait. Malgré la neige, l'ambiance est tout à fait cosy et la chaleur s'imprègne en nous. 

Nous admirons cette utopie, toujours près de la porte en pierre, sans oser nous approcher dans cette place de village irréelle, comme sortie tout droit d'un conte de fée de l'ancien temps. Quand soudain, un homme, nous aperçois et crie à la cantonade : des nouveaux arrivants! des nouveaux arrivants! 

 

pt34665.jpgUne cinquantaine de personnes arrivent alors autour de nous et nous encerclent. On nous place alors sur des roues immenses, bras et jambes écartées, avec d'autres personnes. La musique de Noël devient alors entêtante, de plus en plus forte, certains se mettent à jouer du tambour et un homme qui semble être le "chef" arrive devant nous. D'autres personnes -environ 6 autres- sont ainsi enchaînés à des roues ainsi que mon frère et mon père. Nous sommes disposés de part et d'autre de la place. Le chef nous explique que c'est ici la coutume d'infliger ce rituel aux nouveaux arrivants. On nous explique que nous devons trouver le bon équilibre pour nous remettre droit et rester une journée "droit" avant de pouvoir être libéré. Des rangées de chaises sont alignées pour que les villageois puissent admirer le spectacle. On lance alors nos roues et nous tournons dans tous les sens. Trois jours nous furent nécessaires pour trouver notre équilibre. Personne ne nous nourrissait ou nous hydratait pendant ce temps là. Certains sont même morts sur leur roue, ne pouvant rester droit plus d'une heure ou deux. Les forces leur manquants. Une fois le supplice terminé, ma famille et moi furent détachés. Nos muscles nous tiraient terriblement. Je me dirigeais vers les toilettes publiques pour m'asperger de l'eau fraîche sur les bras, les jambes et le visage. Quelques villageois me félicitèrent. Je sortis, rejoindre mes parents et mon frère, qui étaient trop impatients de découvrir le marché de Noël avec ses fameuses cabanes en bois que les habitants montaient depuis quelques jours. Nous comprîment très vite que la tradition dans ce village était d'ouvrir chacune des cabanes comme un calendrier de l'avant, une par jour. Un immense stand de bonbons était ouvert au milieu de la place depuis le premier jour. Tout le monde s'agluttinait autour à longueur de temps. Les autres cabanes abritaient des décorations de Noël, des bijoux en ambre, un marchand de ballons...
Tout le monde semblait apprécier cet endroit, sauf moi; tout me paraissait trop faux, surfait, quelque chose clochait au fond... 

Mis à part cette place, aucune maison n'existait dans ce village; on savait seulement qu'une église était présente à quelques kms au milieu d'une forêt noire qui entourait la place, et que cette dernière n'était accessible que le jour de Noël, tant attendu par cette population. Une mini galerie marchande longeait aussi la place du village. Un coiffeur, un salon de thé (où mon frère acheta une boîte en bois à 21€ avec 7 savons aux odeurs différentes, 3 mini faux bouquets de fleurs et 5 sortes de thés inconnus pour envoyer à notre petite cousine pour Noël), un chocolatier, La Poste et le bureau de "la directrice", c'est à dire l'équivalent d'une mairesse. Un escalier était condamné au fond de la galerie. 


La première fois que nous entrâmes dans cette galerie, une fusillade eu lieu au niveau de La Poste. Le contraste entre l'ambiance festive et la mort brusque et violente nous choquâmes réellement. Nous fîmes convoqués dans le bureau de la Directrice qui cherchait des témoins mais personne ne compris vraiment ce qui c'était passé. On parlait d'une histoire d'argent, interdit dans cet endroit. La directrice était une grosse femme blonde, avec des boucles qui entouraient son visage gras et jouflu, trop maquillé, qui lui donnait un air vulgaire et méchant. Personne n'aimait aller dans son bureau. Elle n'en sortait jamais. Elle épiait les villageois dans celui-ci grâce à des dizaines de caméras placées à des endroits stratégiques autour de la place. 

Un jour, au niveau de la boutique de bijoux d'ambre, un homme étrange, que l'on avait encore jamais croisé, nous expliqua que nous ne pourrons sortir d'ici avant le 1er janvier inclus. Il nous conseilla d'écrire à nos proches tout de suite pour leur expliquer la situation parce que La Poste ne resterai pas longtemps ouverte. 

 

Les jours se suivaient et se ressemblaient. 

Les gens répétaient leurs scénarios jour après jour.

Les nuits et les jours n'existaient pas, le temps semblait s'arrêter; on vivait dans l'aube ou le crépuscule. Le soleil ne nous éclairait

jamais vraiment comme il le devait.

 

La Vie me manquait, je ne supportais plus cette fausseté, cette hypocrisie. Tout le monde était triste au fond, les gens oubliaient leur vie d'avant peu à peu; oubliaient tout ce qu'ils savaient. Leur connaissance s'évaporait; elle se réduisait aux chants de Noël.

Un jour, voyant ma famille tourner dans ce monde de zombies aussi, je décida de partir avant d'être moi aussi "lobotomisée". J'acheta tout le stock de ballons au marchand de ballons. Je partis derrière la galerie marchande. Deux haies de ronces et de barbelés me coupaient la route. Je sauta, rampa... me griffait les bras et les jambes, mais je devais échapper à cet endroit. Je perdis un ou deux ballons au passage. Un ravin immense s'offrait alors devant moi. L'inconnu, l'aventure. Je vis alors la directrice derrière les haies derrière moi, les yeux exorbités qui fulminait. Elle n'avait jamais vu personne s'enfuir. Elle tentait de me convaincre de revenir, me racontant que les seules personnes qui avaient osé s'aventurer au delà de ces limites n'avaient pas trouvé le "bon équilibre" et en étaient morts. Elle continuait de parler tout en s'avançant vers moi. Je n'avais plus le choix. Je devais sauter.

 

Je pris à pleines mains mes ballons que j'attachîs solidement autour de mes poignets et je sauta.

 

...  la_haut_haut23.jpg

 

 

Long silence. La mélodie de Noël se faisait de plus en plus lointaine. J'avais réussi. Je sentais le vent battre contre mes tampes. J'étais libre. Je savais qu'ils allaient faire du mal à mes parents et mon frère par ma faute. La Directrice semblait tellement hors d'elle. Mais je voulais revenir les chercher - plus tard. Et si elle leur avait fait du mal; je les vengerai, je brûlerai son monde hypocrite.

Je voguai ainsi, évitant parfois des sapins de justesse. La pente était douce et je descendais tout en douceur. Je savais que je quittais un monde "parfait" pour retrouver en retrouver un autre bien plus dur; mais cet autre monde était la réalité, au moins. 

Après quelques jours accrochée à mes ballons qui m'emmenaient au fil du vent, je commençais à apercevoir autre chose que la forêt de pins. Je semblait m'approcher d'un petit village au milieu des montagnes.

 

    grande-chalet-familiale-dans-village-typique-savoyard_13043.jpg

 

Il faisait nuit noire quand j'atterissa au village de "Bönn-le-Bourg". Un petit village montagnard, très typique. J'ai l'impression d'avoir fait un bon dans le passé; tout semblait tellement ancien et rustre. Je passe au milieu de deux allées de maisons. Je me dirige vers l'église du village. Je suis deux carrosses. Je cherche à aller vers le nord pour rentrer chez moi. Le village est composé en outre, d'une mairie entourée d'une école pour filles et d'une école pour garçons; d'un hyppodrome, et de plusieurs maisons (sous formes de chalets ou en pierres) ainsi que d'une ferme.

Le jour se lève et je me réveille dans un tas de paille. En suivant les carrosses j'étais rentrée par mégarde chez les fermiers. Je sors de la ferme, personne ne m'a remarqué. Je retourne devant la mairie et vois 3 jeunes garçons qui m'interpellent. Ils sont en récréation; ils me demandent qui je suis, ne m'ayant jamais vu auparavant. 2 "vieux" du village viennent les rejoindre, intrigués par l'étrangère que je suis. Je leur explique que je me suis perdue, que je cherche à rentrer chez moi. Ils me demandent alors pourquoi j'ai des ballons accrochés à mes poignets. Je leur dis que c'est grâce à ces ballons que je suis arrivée chez eux, ce qui les rend très admiratifs mais toujours assez perplexes. Les enfants me disent qu'aujourd'hui est un grand jour pour le village puisqu'un spectacle exceptionnel va avoir lieu, et que je devrais y assister avant de rentrer chez moi parce que c'est quelque chose d'unique au Monde. 

 

Ils m'emmènent alors derrière la ferme où j'ai passé la nuit, sur une sorte d'espace panoramique. Ils m'expliquent que tous les villageois s'entraînent toute l'année pour offrir ce spectacle aux anciens du village. C'est un vol de deltaplanes avec faucons et aigles. Je vois alors une cinquantaine de deltaplanes planer dans le ciel, au dessus d'un lac immense et de la forêt profonde. Cet endroit est magique. La luminosité y est parfaite. Ils me disent aussi que si je veux rentrer chez moi, je vais devoir utiliser à nouveau mes ballons puisque c'est le seul endroit pour rejoindre le prochain village le plus au nord et accéder enfin à des routes. Un petit garçon, gâté pourri, la bouche toute collante de sucreries s'approche vers nous et me ris au nez. Me dit que je serais de toute façon bien trop lourde pour traverser ce nouveau ravin avec le peu de ballons qui me restaient. Il n'avait pas tout à fait tort. Je me rends alors compte qu'il a en sa possession plusieurs ballons à l'occasion de la fête, que je m'empresse de prendre dès qu'il eu le dos tourné. 

Je sens mon coeur battre à tout rompre. Cette fois j'ai peur. Je n'ai plus cette adrénaline qui m'avait poussé à sauter la première fois. Mes ballons sont à moitié dégonflés depuis le premier saut et sont abîmés par les ronces. Je m'apprête à sauter, me penche vers le vide; quand j'entends mes grand-parents arriver derrière moi. Ils me disent de ne pas faire ça. Ils m'expliquent que mes parents ont été libérés. Leur supplice est terminé. Mes parents rejoignent alors mes grand-parents, avec un sourire ravi aux lèvres. Ils me disent que l'on va pouvoir rentrer chez nous en toute tranquilité et sans danger désormais. Je n'en crois pas mes yeux ni mes oreilles. Je suis tellement heureuse que je laisse s'envoler tous mes ballons. Légère, je cours vers eux pour les enlacer. Ma mère me sers trop fort. Je lui dis qu'elle me fait mal. Elle ne me réponds pas. Je vois la directrice, raide, le teint blanc, derrière elle. Celle-ci est toujours furieuse. Elle me dit que personne ne peut ou ne doit s'échapper, que le "jeu" est d'apprécier ces moments de fêtes, que tout le monde de sencé voudrait éternel. J'ai raté "ma chance" et je ne peux y retourner une deuxième fois. Mes parents, eux, ne valent pas rater cette chance et ont accepté de me "vendre" pour pouvoir rester éternellement dans ce village du Père Noël. Mon père me prend des ses bras et me jette dans le vide. 

 

Le Monde que j'avais fui m'avait rattrapé - pour me punir.

Publié dans dreams

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J
<br /> <br /> au fait, belle chute de fin de texte si je puis dire... bises<br /> <br /> <br /> <br />
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J
<br /> <br /> incroyable, comment fais tu pour te rapeller de tt ca? je suis une passionnée des reves et de leur signification; ta vie onirique est treeees riche, et merveilleusement posée sur papier. Merci de<br /> cette lecture, une fois de plus. A BIENTOT<br /> <br /> <br /> <br />
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